Antoine Rivaroli, dit de Rivarol.
Sa biographie :
Écrivain, poète, journaliste et essayiste français né le 26 juin 1753 à Bagnols-sur-Cèze dans le département du Gard, Antoine Rivaroli, dit de Rivarol, est décédé le 11 avril 1801 à Berlin à l'âge de 47 ans. Découvrez sa biographie complète sur Wikipédia.Les 73 citations de Antoine de Rivarol :
Plus on a l'esprit vaste, et plus on est en proie à la variété de ses idées.
L'esprit est le côté partiel de l'homme ; le cœur est tout.
L'homme qui dort, l'homme ivre, c'est l'homme diminué.
Il faut que les chênes croissent avec les chênes, et les roseaux avec les roseaux.
De la familiarité naissent les plus tendres amitiés, et les plus fortes haines.
Les hommes se lassent d'aimer, mais ne se lassent pas de se haïr.
La liberté est le premier bien pour un peuple pauvre et peu nombreux, mais quand l'empire s'agrandit et s'enrichit, elle n'est plus un besoin : j'entends ici la liberté politique.
Les grands talents croissent et brillent séparément de peur de se faire ombrage.
Si le talent empêche le génie de tomber, le génie l'empêche de ramper.
Il y a des hommes si paresseux qu'ils mettent le but au début.
Les hommes ont rangé sur la même ligne ceux dont ils se font une grande idée, ceux qui leur donnent de grandes idées, et ceux qui ont fait de grandes choses ou opéré de grands évènements.
La nature nous condamne à tuer un poulet ou à mourir de faim, c'est là le fondement de nos droits : et voici la généalogie des ressorts politiques ; les besoins fondent les droits et les droits fondent les pouvoirs; mais en France on a donné au peuple des pouvoirs dont il n'avait pas le droit et des droits dont il n'avait pas le besoin.
Se révolter contre les maux inévitables et souffrir ceux qu'on peut éviter, grand signe de faiblesse. Que dire d'un homme qui s'impatiente contre le mauvais temps, et qui souffre patiemment une injure ?
Les idées font le tour du monde ; elles roulent de siècle en siècle, de langue en langue, de vers en prose, jusqu'à ce qu'elles s'enveloppent d'une image sublime, d'une expression vivante et lumineuse qui ne les quitte plus ; et c'est ainsi qu'elles entrent dans le patrimoine du genre humain.
L'opinion est dans le public, et non dans le peuple : c'est ce qui a trompé beaucoup de gens.
Dans la guerre entre les gens d'esprit et les sots, ce sont toujours les sots qui ont commencé : l'homme de goût est blessé avant de piquer.
On a de la fortune sans bonheur comme on a des femmes sans amour.
La philosophie est un esprit d'abstraction et d'analyse. Le philosophe décompose la pierre, l'architecte la taille et l'emploie, et s'il ne peut la fixer, il a recours au ciment.
La philosophie a un air de hardiesse qui charme les jeunes gens : elle a une promptitude, une simplicité qui les ravit. La politique leur semble timide, lente et compliquée, les instruments de la destruction sont si simples ? Un marteau suffit pour abattre une maison.
La nature a voulu que l'homme trouvât du charme à commander aux hommes, sans cela on n'aurait pu avoir des rois, et des magistrats, que comme on a des chevaux avec le fouet, et la bride. Ce charme vient de l'homogénéité, car il n'y aurait que de l'ennui à une espèce supérieure, de commander à une espèce inférieure ; ainsi le berger s'ennuie avec son troupeau, en proportion de ses lumières.
Dans le monde celui-là est un vrai philosophe qui pardonne à la société son défaut de fortune, avec autant de calme qu'un tel, riche banquier, pardonne son défaut d'esprit à la nature.
Le vrai philosophe est d'abord celui dont on ne parle pas. Nous n'entendons pas aujourd'hui par philosophe un homme qui maîtrise ses passions, qui se cache, mais un homme qui a l'esprit d'analyse, une grande hardiesse, et qui secoue des préjugés sans acquérir des vertus.
Dans un animal quelconque, le moi se compose de la réunion de toutes nos facultés ; il personnifie l'âme et le corps, et n'en fait qu'un seul être. Un homme qui dit moi, dit plus que celui qui dit mon âme.
L'esprit épigrammatique est, j'ose le dire, un esprit d'ordre et de symétrie. La raison est souvent entre le rire et la colère.
La philosophie avait tant promis qu'on a droit d'examiner sévèrement les fruits qu'elle a portés. Dans ce grand procès contre elle, tout honnête homme est forcément juge et partie : car, et ceci est important, il faut bien se souvenir qu'entre le genre humain et ses adversaires, impartialité n'est pas justice.
La nature ayant à créer un être qui convînt à l'homme par ses proportions physiques, et à l'enfant par son moral, résolut le problème, en faisant de la femme un grand enfant.
Il s'en faut bien qu'on emploie à dominer sur soi, les mêmes soins et la même constance qu'on emploie à dominer sur les autres.
Non seulement il y a beaucoup d'esprits bornés, mais même leurs bornes sont mal posées.
Rien ne prouve mieux le peu d'estime que les hommes ont pour leur espèce que le mépris involontaire qu'ils témoignent en général à tous ceux qui les amusent et qui servent leurs plaisirs : et la plupart des hommes donnent pour raison de leur mépris pour une femme, qu'ils l'ont eue.
Les passions se font différentes issues : on voit des hommes non seulement avouer leurs vices, mais s'en vanter, et d'autres les cacher avec soin ; les uns cherchent des compagnons et les autres des dupes. Le plus grand égoïste n'est pas toujours celui qui convient de son égoïsme ; comme le plus gourmand n'est pas celui qui se récrie sur un bon plat, mais celui qui le savoure et qui se tait, de peur que tout le monde ne lui en demande.
Le goût des nouveautés tue l'amour et le génie, voyez ceux qui changent de livres et de femmes tous les jours. La passion est préférence, il faut pour être amoureux aimer toutes les femmes dans une seule, et pour avoir quelque génie, méditer et ne relire que les modèles qui sont les archives du goût : c'est avoir profité que de savoir s'y plaire.
La justice ainsi que la haine, l'amour, le vice et la vertu naquirent dès qu'il y eut plus d'un homme sur la terre. N'y en eût-il que deux, ce qui serait utile à tous les deux serait un sujet de dispute avant de leur paraître la justice : car on peut croire qu'ils commenceraient plutôt par se nuire que par se servir, à cause que la nature ne leur a donné que l'amour de soi ; il arriverait donc qu'ils ne parviendraient aux idées du juste que par l'expérience de l'injustice.
Les esprits extraordinaires tiennent grand compte des choses communes et familières, et les esprits communs n'aiment et ne cherchent que les choses extraordinaires.
Le peuple se plaît plus aux pièces de théâtre grossières et familières qu'aux chefs-d'œuvre de la scène, c'est qu'il entend les premières.
Un homme qui s'enivre de vin, de tabac ou d'opium, pour être moins sensible à tout ce qui se passe autour de lui, ressemble à celui qui voudrait être sourd ou aveugle au milieu des rues de Londres ou de Paris.
On n'aime pas à être obligé malgré soi, et par certaines personnes ; c'est que chacun doit jouer le rôle auquel il est appelé, et qu'il ne faut en usurper aucun, pas même celui de bienfaiteur.
Les gens du monde emploient mieux leurs loisirs que leur temps : les pauvres n'ont pas de loisirs. Les philosophes se sont trompés sur le peuple et sur les grands. Ils ont pensé que les petits s'éclaireraient, et que les grands ne s'éclaireraient point.
L'imagination n'est que le sentiment d'un premier sentiment qui nous revient, même en l'absence de l'objet. Le jugement n'est que le sentiment de l'identité ou de la différence de deux autres sentiments, d'où naissent l'esprit et le goût. Le mélange de la mémoire et du jugement règle l'imagination. La folie est de deux espèces, l'une fixe et l'autre multiple. L'ivresse assoupit à un degré égal les trois grandes facultés du sentiment, de la mémoire et du jugement. On a donné le nom d'idées qui signifie images, aux sentiments simples ou composés, et leur effet s'appelle sensation.
L'enfant qui naît, n'ayant que des facultés, n'est encore que récipient : sent-il pour la première fois, non seulement il est alors rempli de la sensation actuelle, mais au second moment il sent qu'il a senti, et qu'il ne sent plus ; là commence la mémoire, et si on lui fait éprouver au troisième instant une nouvelle sensation, il sent que celle-ci n'est pas l'autre ; ou si c'est la même il sent l'identité : ainsi il exerce sentiment, mémoire et jugement. Le moi résulte avec le temps du nombre des sensations qu'il éprouve, car à force de se toucher et de se sentir, il finit par se distinguer de tout ce qui n'est pas lui.
On appelle la vie un bienfait, et cette expression si usitée est fausse. Je n'existais pas, vous m'avez fait, et voilà tout. C’est un acte et non un bienfait, de quelques dons que soit enrichi l'ouvrage. L'horloger ne peut pas dire qu'il est le bienfaiteur de l'or, de l'acier et du cuivre dont il a fait une montre.
Un homme médiocre qui prend bien son temps, peut avec de l'adresse et de la patience, jouer un rôle et faire parler de lui.
L'esprit bat quatre fois dans le temps que le sens commun n'en bat qu'une. Il est toujours une raison prompte, et souvent une raison ornée.
Si à mesure qu'un homme augmente sa fortune, il agrandissait son estomac, il faudrait bien s'en défaire, c'est le cas des avares. Le coffre où ils entassent leurs écus ressemble à un estomac qui deviendrait chaque jour plus ample, et qui finirait, si la mort n'y mettait un terme, par engloutir la nourriture de toute une ville.
L'enfant qui tète n'est qu'un organe, tel qu'un des vaisseaux lactés qui pompe le chyle.
Il faut que la vérité arrive nue à son but, et pour qu'elle y arrive nue, il faut qu'elle laisse tomber ses voiles, et ses voiles sont les in-folio.
Un homme à qui la nature a tout donné, et à qui la société dispute ou refuse tout, ne peut rien pour ce monde et ne travaille que pour l'avenir.
La nature remue des éléments, et nous ne remuons que des masses. Si nous voyions les éléments, nous ne verrions pas les masses ; d'où il résulte que voyant celles-ci nous ne devons pas voir les autres.
Le mot précaire signifie aujourd'hui une chose ou un état mal assuré, et prouve le peu qu'on obtient par la prière, puisque ce mot vient de là.
Si nous étions composés d'éléments insensibles, d'atomes sans mouvements et sans vie, et que pourtant nous fussions capables de sentir et de nous mouvoir, il faudrait bien conclure qu'il y a en nous un être qui se meut et qui sent, comme le ressort d'une montre. Mais il est très vrai au contraire que nous sommes pétris d'atomes pleins de vie et de sensibilité, qui aiment, haïssent, souffrent, se réjouissent.
Il n'est pas besoin de passer devant les objets quand les objets passent devant nous : aussi les habitants des grandes villes ne croient pas avoir besoin de voyager.
Ce qui fait la puissance du talent, c'est qu'il exprime d'une manière neuve et piquante, les pensées les plus communes : or, les pensées les plus communes se composent des sensations premières, souvent répétées, et par conséquent fondamentales dans l'homme.
De même qu'une fleur ou un fruit sont embellis ou grossis par la culture, moins ils portent de graines ou de pépins : ainsi plus un homme cultive sa tête, moins il est propre à la génération ou au travail des mains. Ce qui prouve toujours que la nature n'est pas qu'une fleur soit une belle fleur, ou un fruit un gros fruit, ou l'homme un grand penseur.
Il naît plus d'hommes que de femmes en Europe, et, sans la guerre, les femmes y seraient condamnées à l'infidélité. Dans un pays où il y aurait plus de femmes que d'hommes, beaucoup seraient condamnées à la fidélité.
Les enfants poussent des cris, aiment le bruit, le feu, etc., ils font tout ce qu'ils peuvent pour s'avertir de leur existence. Les gens bornés aiment le mouvement. Il n'y a que les hommes exercés à la méditation qui aiment le silence et le repos : leur vie est une suite d'idées.
Si, étant fort occupé d'une idée, on se retourne dans son lit, on la perd, et souvent pour longtemps.
Un homme, habitué à beaucoup écrire, écrit souvent sans idées, comme ce vieux médecin qui tâtait le pouls à son fauteuil en mourant.
Le mouvement entre deux repos est l'image du présent entre le passé et l'avenir : le tisserand qui fait sa toile fait toujours ce qui n'est pas.
Ce qui rend les consolations si inutiles et souvent si insupportables, c'est qu'on ne peut offrir le temps.
L'homme fut placé sur le seuil de la vie comme devant un carrefour ; les animaux comme devant une seule route. Raison pourquoi nous sommes capables de doute, et coupables de fourberie : les animaux exempts de l'un et de l'autre et toujours incorruptibles.
La peur est la plus terrible des passions, parce qu'elle fait ses premiers efforts contre la raison, elle paralyse le cœur et l'esprit.
Vingt mille femmes mal faites font passer une mode qui n'est favorable qu'à leur défaut ; le petit nombre de belles femmes s'y assujettit : la majorité l'emporte.
La fatalité ou prédestination est dans les choses et non dans nous. Il est fatal que tout corps qui passera sur telle pente, glisse et tombe, mais il ne l'est pas que tel homme y passera.
Le tour le plus ingénieux qu'on ait joué à l'égoïsme, c'est l'établissement du dogme d'une autre vie, car on a forcé l'homme à sacrifier celle-ci pour l'autre.
Si le riche n'était libéral que comme la terre, qu'il n'accordât rien qu'au travail, il passerait pour dur.
L'admirable nature a voulu que ce que les hommes ont de commun fût essentiel, et ce qu'ils ont de différent peu de chose : il est vrai que ce qu'ils ont de différent change beaucoup ce qu'ils ont de semblable.
Il faut toujours avoir affaire, ou à la malice des hommes si les temps sont calmes, ou à leur barbarie, s'il y a révolution.
Un homme à talent dira plutôt une sottise qu'un homme d'esprit : les gens du monde s'y trompent souvent, et confondent l'esprit et le talent.
Si l'homme avait des yeux tout autour de la tête, devant et derrière n'existeraient pas pour lui.
Les hommes les plus sages sont toujours ceux qui ont le moins d'ascendant sur les autres hommes, parce qu'ils ont le moins de rapports avec eux, c'est comme les plus ingénieux.
La nature n'ayant plus rien de nouveau à offrir à l'homme qui pense et qui vieillit, et la société encore moins, il ne doit demander que l'air et l'eau, le silence et l'absence, quatre éléments de la vie, quatre choses sans goût et sans reproche.
On corrompt la fille innocente avec des propos libres, et l'amour délicat séduit la femme galante : fruit nouveau pour l'une et l'autre.
Ce qu'il y a d'horrible en général dans ce monde, c'est que nous cherchions avec une égale ardeur à nous rendre heureux, et à empêcher les autres de l'être. Beaucoup d'hommes lancent sur nous autant de traits que de regards.
Vivre dans l'aisance, avoir de la patience, de la prudence et de la santé, voilà le bonheur de l'homme : si avec tout cela, il n'est point heureux, c'est qu'il n'est pas digne de l'être.