Jean-Jacques Rousseau
Biographie :
Écrivain, musicien et philosophe né le 28 juin 1712 à Genève, Jean-Jacques Rousseau est mort le 2 juillet 1778 à Ermenonville dans le département de l'Oise. Baptisé le 4 juillet à la cathédrale Saint-Pierre, il perd sa mère qui meurt de fièvre puerpérale trois jours plus tard. Considéré comme le plus éloquent écrivain de langue française du XVIIIe siècle, il meurt à l'âge de 66 ans d'un accident vasculaire cérébral. Rousseau repose au Panthéon de Paris.Les 114 citations de Jean-Jacques Rousseau :
On ne plaint jamais dans autrui que les maux dont on ne se croit pas exempt soi-même.
Un bon cœur n'aime pas le spectacle de la misère qu'il ne peut soulager.
Il n'y a point de véritable amour sans enthousiasme, et point d'enthousiasme sans un objet de perfection réel ou chimérique, mais toujours existant dans l'imagination. De quoi s'enflammeraient des amants pour qui cette perfection n'est plus rien, et qui ne voient dans ce qu'ils aiment que l'objet du plaisir des sens ? Non, ce n'est pas ainsi que l'âme s'échauffe et se livre à ces transports sublimes, qui font le délire des amants et le charme de leur passion.
On a fait l'amour aveugle parce qu'il a de meilleurs yeux que nous pour voir.
L'homme civil naît, vit et meurt dans l'esclavage : à sa naissance on le coud dans un maillot ; à sa mort on le cloue dans une bière ; tant qu'il garde la figure humaine, il est enchaîné par nos institutions.
L'amour sensuel ne peut se passer de la possession, et s'éteint par elle. Le véritable amour ne peut se passer du cœur, et dure autant que les rapports qui l'ont fait naître : mais quand ces rapports sont chimériques, il dure autant que l'illusion qui nous les fait imaginer.
L'attachement peut se passer de retour, jamais l'amitié. Elle est un échange, un contrat comme les autres ; mais elle est le plus saint de tous. Le mot d'ami n'a point d'autre corrélatif que lui-même. Tout homme qui n'est pas l'ami de son ami est très sûrement un fourbe ; car ce n'est qu'en rendant ou feignant de rendre l'amitié qu'on peut l'obtenir.
Tant que le luxe régnera chez un peuple, la cupidité régnera dans les cœurs.
On peut repousser des coups portés par des mains ennemies, mais quand on voit parmi les assassins son ami le poignard à la main, il ne reste qu'à s'envelopper la tête.
Le sentiment de la pitié dort dans le cœur de l'homme jusqu'à ce que le cri de la douleur vienne le réveiller. C'est surtout quand nous sommes devenus des objets pitoyables que nous sommes aussi émus de pitié pour les misérables.
Une âme saine peut donner du goût à des occupations communes, comme la santé du corps fait trouver bons les aliments les plus simples.
Les consolations indiscrètes ne font qu'aigrir les violentes afflictions. L'indifférence et la froideur trouvent aisément des paroles, mais la tristesse et le silence sont alors le vrai langage de l'amitié.
La vulgaire coquetterie est bonne pour ceux à qui l'on ne veut que plaire.
Si la vie est courte pour le plaisir, qu'elle est longue pour la vertu !
On n'a besoin que de soi pour réprimer ses penchants ; on a quelquefois besoin d'autrui pour discerner ceux qu'il est permis de suivre, c'est à quoi sert l'amitié d'un homme sage qui voit pour nous, sous un autre point de vue, les causes que nous avons intérêt de bien connaître.
Le bonheur dans le mariage dépend de tant de convenances, que c'est une folie de les vouloir toutes rassembler. Il faut d'abord s'assurer des plus importantes : quand les autres s'y trouvent, on s'en prévaut ; quand elles manquent, on s'en passe.
L'espérance est le songe d'un homme éveillé, c'est le pavot qui endort peines, c'est une jeune étourdie qui n'a que de l'imagination sans jugement, et qui croit tout ce qu'on lui dit, pourvu qu'il lui plaise.
Rien n'a tant de poids sur le cœur humain que la voix de l'amitié bien reconnue ; car on sait qu'elle ne nous parle jamais que pour notre intérêt. On peut croire qu'un ami se trompe ; mais non qu'il veuille nous tromper. Quelquefois on résiste à ses conseils, mais jamais on ne les méprise.
On étouffe les grandes passions, rarement on les épure.
L'homme ne peut faire son bonheur qu'en travaillant à celui des autres.
Les paresseux passent leur vie à ne rien faire, et ne s'ennuient jamais.
Qui a souffert lui-même c'est ce que veut dire souffrir.
Les hommes ne sont naturellement, ni rois, ni grands, ni courtisans, ni riches ; tous sont nés nus et pauvres, tous sont sujets aux misères de la vie, aux chagrins, aux maux, aux besoins, aux douleurs de toute espèce, enfin tous sont condamnés à la mort.
Un honnête homme n'aura jamais de meilleur ami que sa femme.
J'ai trop souffert en cette vie pour n'en pas attendre une autre.
La vanité de l'homme est la source de ses plus grandes peines, et il n'y a personne de si parfait et de si fêté à qui elle ne donne plus de chagrins que de plaisirs. Si jamais la vanité fit quelque heureux sur la terre, à coup sûr, cet heureux-là n'était qu'un sot !
Louer quelqu'un en face, à moins que ce ne soit sa maîtresse, qu'est-ce faire autre chose, sinon le taxer de vanité ?
Toujours pleins de leurs projets, les hommes voient à regret l'intervalle qui les en sépare. L'un voudrait être à demain, l'autre au mois prochain, l'autre à dix ans de là, mais nul ne veut vivre aujourd'hui.
Heureux celui qui sait quitter l'état qui le quitte, et rester homme en dépit du sort !
L'homme judicieux en proie à la mauvaise fortune, tâchera de mettre à profit ses revers même, comme un joueur prudent cherche à tirer parti d'un mauvais point que le hasard lui amène.
La raison veut qu'on supporte patiemment l'adversité, qu'on n'en aggrave pas le poids par des plaintes inutiles, qu'on n'estime pas les choses humaines au-delà de leur prix, qu'on n'épuise pas à pleurer ses maux les forces qu'on a pour les adoucir.
La vanité ne respire qu'exclusions et préférences ; exigeant tout et n'accordant rien, elle est toujours inique.
La dévotion est un opium pour l'âme ; elle égaie, anime et soutient, quand on en prend peu : mais une trop forte dose endort, ou rend furieux, ou tue ; j'espère ne pas aller jusques-là.
En affaire de mariage, les nœuds qu'on veut trop serrer rompent.
La nature veut que les enfants soient enfants avant que d'être hommes.
Pour une femme ordinaire, tout homme est toujours un homme ; mais pour celle dont le cœur aime, il n'y a point d'autre homme que celui qu'elle aime.
Il n'y a point de route plus sûre pour aller au bonheur que celle de la vertu. Si l'on y parvient, il est plus pur, plus solide et plus doux par elle. Si on le manque, elle seule peut en dédommager.
Nul ne peut être heureux s'il ne jouit de sa propre estime ; si la véritable jouissance de l'âme est dans la contemplation du beau, comment le méchant peut-il l'aimer dans autrui, sans être forcé de se haïr lui-même ?
S'il est vrai que le bien soit bien, il doit être au fond de nos cœurs comme dans nos œuvres, et le premier prix de la justice est de sentir qu'on la pratique.
Sainte et pure vérité, à qui j'ai consacré ma vie, non jamais mes passions ne souilleront le sincère amour que j'ai pour toi ; l'intérêt ni la crainte ne sauraient altérer l'hommage que j'aime à t'offrir, et ma plume ne te refusera jamais rien que ce qu'elle craint d'accorder à la vengeance.
La première éducation de l'enfance est celle qui importe le plus, et elle appartient incontestablement aux femmes. Si Dieu eût voulu qu'elle appartint aux hommes, il leur eût donné du lait pour nourrir les enfants.
Femmes ! Femmes ! objets chers et funestes, que la nature orna pour notre supplice, qui punissez quand on vous brave, qui poursuivez quand on vous craint ; dont la haine et l'amour sont également nuisibles, et qu'on ne peut ni rechercher ni fuir impunément ! Beauté, charme, attrait, sympathie ! être ou chimère inconcevable, abîme de douleurs et de voluptés ! malheureux qui se livre à ton calme trompeur ! c'est toi qui produis les tempêtes qui tourmentent le genre humain.
En général les gens qui savent peu parlent beaucoup, et les gens qui savent beaucoup parlent peu.
Soyez époux heureux, mais respectueux : obtenez tout de l'amour, sans rien exiger du devoir ; et que les moindres faveurs ne soient jamais pour vous des droits, mais des grâces : souvenez-vous toujours que, même dans le mariage, le plaisir n'est légitime que quand le désir est partagé.
Rien n'est plus difficile que le choix d'un bon mari, si ce n'est peut-être celui d'une bonne épouse.
En amour, la jalousie paraît tenir de si près à la nature, qu'on a bien de la peine à croire qu'elle n'en vienne pas. Ce qu'il y a d'incontestable, c'est que l'aversion contre tout ce qui trouble et combat nos plaisirs ; est un mouvement naturel, et que, jusqu'à un certain point, le désir de posséder exclusivement ce qui nous plaît en est encore un.
Qui écrit une lettre d'amour n'écrit pas une simple lettre, il écrit un hymne.
L'enthousiasme est le dernier degré de la passion.
Ne pouvant élargir le monde réel, élargissons le monde imaginaire.
Mon plus grand malheur fut toujours de ne pouvoir résister aux caresses.
À moins qu'une belle femme ne soit un ange, son mari est le plus malheureux des hommes.
Les prodiges on en voit si peu que ce n'est pas la peine d'y croire.
La seule habitude qu'on doit laisser prendre à l'enfant est de n'en contracter aucune.
Un enfant mal instruit est plus loin de la sagesse qu'un enfant qu'on n'a point instruit du tout.
Fais ton paradis sur la terre en attendant l'autre.
Quand le cœur s'ouvre aux passions, il s'ouvre à l'ennui de la vie.
La laideur qui produit le dégoût est le plus grand des malheurs.
Il est indigne d'un homme d'honneur d'abuser de la simplicité d'une jeune fille.
Un amant hait bien plus ses rivaux qu'il n'aime sa maîtresse.
Jamais l'amour sans estime n'existe dans un cœur honnête.
En tenant la coquetterie dans ses limites, on la rend modeste, on en fait une loi d'honnêteté.
Un cœur sensible craint le repos qu'il ne connaît pas : qu'il le sente une fois, il ne voudra plus le perdre.
L'éducation de l'homme commence à sa naissance.
L'expérience prévient les leçons.
La force de l'âme qui inspire le vrai courage est d'usage dans tous les temps. Elle met toujours la vertu au-dessus des évènements, et ne consiste pas à se battre, mais à ne rien craindre.
Le véritable amour est inséparable de la générosité, plus il donne, et plus il reçoit.
Malgré l'absence, les privations, les alarmes, malgré le désespoir même, les puissants élancements de deux cœurs l'un vers l'autre ont toujours une volupté secrète ignorée des âmes tranquilles. C'est un des miracles de l'amour de nous faire trouver du plaisir à souffrir ; et de vrais amants regarderaient comme le pire des malheurs un état d'indifférence et d'oubli, qui leur ôterait tout le sentiment de leurs peines.
L'inconstance et l'amour sont incompatibles : l'amant qui change ne change pas ; il commence ou finit d'aimer.
Ôtez l'idée de la perfection dans l'amour, vous ôtez l'enthousiasme ; ôtez l'estime, et l'amour n'est plus rien.
Le physique est le désir qui porte un sexe à s'unir à l'autre.
Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d'être habité.
Tant qu'on désire on peut se passer d'être heureux, on s'attend à le devenir.
Le malheur tient lieu de force pour vaincre la nature, et triompher des tentations. On a peu de désirs quand on souffre, et souvent une grande passion malheureuse est un grand moyen de sagesse.
Chaque âge a ses ressorts qui le font mouvoir, mais l'homme est toujours le même. À dix ans il est mené par les amusements ; à vingt ans, par une petite amie ; à trente, par les plaisirs ; à quarante, par l'ambition ; à cinquante, par l'avarice. Quand ne cour-t-il qu'après la sagesse ? Heureux celui qu'on y conduit malgré lui !
La jeunesse du sage est le temps de ses expériences ; ses passions en sont les instruments : mais après avoir appliqué son âme aux objets extérieurs pour les sentir, il la retire au dedans de lui pour les considérer, les comparer, les connaître ; et bientôt il ne lui reste plus d'objet à regarder que lui-même, ni de jouissance à goûter que celle de la sagesse.
La sublime raison ne se soutient que par la même vigueur de l'âme qui fait les grandes passions ; et l'on ne sert dignement la philosophie, qu'avec le même feu qu'on sent pour une maîtresse.
La philosophie n'est souvent qu'un trompeur étalage qui ne consiste qu'en vains discours ; ce n'est qu'un fantôme, une ombre, qui nous excite à menacer de loin les passions, et nous laisse comme un faux brave à leur approche.
Tous les sentiments que nous dominons sont légitimes ; tous ceux qui nous dominent sont criminels.
L'habitude de passer sa vie à dire des riens rétrécit l'esprit.
La cause qui fait cesser d'aimer peut être un vice ; celle qui change un tendre amour en une amitié non moins vive ne saurait être équivoque, c'est le vrai triomphe de la vertu.
Un riche, un homme dans l'abondance, n'a de véritable ami, que celui qui n'est pas la dupe des apparences, et qui le plaint plus qu'il ne l'envie, malgré sa prospérité.
Les épanchements de l'amitié se retiennent devant un témoin quel qu'il soit. Il y a mille secrets que trois amis doivent savoir, et qu'ils ne peuvent se dire que deux à deux.
Il est des amitiés circonspectes, qui, craignant de se compromettre, refusent des conseils dans les occasions difficiles, et dont la réserve augmente avec le péril des amis ; mais une amitié véritable ne connaît point ces timides précautions.
Il ne faut pas encourager les pauvres à se faire mendiants : mais quand une fois ils le sont, il faut les nourrir, de peur qu'ils ne se fassent voleurs.
À un pauvre, une petite pièce de monnaie, un peu de pain, ne coûtent guère à donner.
Les infortunés n'ont pas seulement besoin d'argent, et il n'y a que les paresseux de bien faire, qui ne sachent faire du bien que la bourse à la main. Les consolations, les conseils, les soins, les amis, la protection sont autant de ressources, que la commisération laisse au défaut des richesses, pour le soulagement de l'indigent.
Les premiers besoins, ou du moins les plus sensibles, sont ceux d'un cœur bienfaisant ; et tant que quelqu'un manque du nécessaire, quel honnête homme a du superflu ?
L'ingratitude n'est pas dans le cœur de l'homme, mais l'intérêt y est : il y a moins d'obligés ingrats que de bienfaiteurs intéressés.
L'ingratitude serait plus rare si les bienfaits à usure étaient moins communs.
L'âme d'un gourmand est toute dans son palais, il n'est fait que pour manger. Dans sa stupide incapacité, il n'est qu'à table à sa place. Il ne sait juger que des plats.
Que servent de froides leçons démenties par un exemple continuel, si ce n'est à faire penser que celui qui les donne, se joue de la crédulité d'autrui.
Le bon usage du monde, celui qui nous y fait le plus rechercher et chérir, n'est pas tant d'y briller que d'y faire briller les autres, et de mettre, à force de modestie, leur orgueil plus en liberté.
L'intolérant est celui qui damne impitoyablement ceux qui ne pensent pas comme lui.
Les biens d'un homme ne sont pas dans ses coffres, mais dans l'usage qu'il en tire. On ne s'approprie les choses qu'on possède que par leur emploi. Les abus sont toujours plus inépuisables que les richesses.
Quand on aime la vertu, on l'aime dans toute son intégrité, et l'on refuse son cœur quand on peut, et toujours sa bouche, aux sentiments qu'on ne doit pas avoir.
Quiconque est plus attaché à sa vie qu'à ses devoirs ne saurait être solidement vertueux.
Il y a, dans la méditation des pensées honnêtes, une sorte de bien-être que les méchants n'ont jamais connu : c'est celui de se plaire avec soi-même.
L'expérience démontre que l'homme ne peut être vertueux sans la religion.
L'indolence est une paresse de l'âme, qui s'étend à tout, et la rend incapable de toutes choses ; état pire que l'indifférence, qui peut avoir encore de l'inquiétude et de l'ennui qui l'en fasse sortir.
La modestie est une juste modération de l'esprit et du cœur, une sage retenue qui tient les passions en bride, qui arrête les saillies de l'amour-propre, qui empêche de se prévaloir, aux dépens des autres, des dons de la nature ou de la fortune, et qui fait qu'on évite les louanges avec autant de soin que l'orgueil les recherche avec avidité.
On peut aimer la solitude sans être misanthrope : rien n'est moins susceptible d'attachement que les gens dissipés ; les âmes sensibles se tirent de la foule.
Les charmes de l'union des cœurs se joignent pour les amoureux à ceux de l'innocence : nulle crainte, nulle honte ne trouble leur félicité ; au sein des vrais plaisirs de l'amour, ils peuvent parler de la vertu sans rougir.
L'accord de l'amour et de l'innocence est le paradis sur la terre : c'est le bonheur le plus doux, et l'état le plus délicieux de la vie.
S'il est quelqu'un que la vanité a rendu heureux, à coup sûr, ce quelqu'un était un sot.
Je n'ai jamais vu d'homme ayant du courage dans l'âme montrer de la fierté dans son maintien, cette affectation est bien plus propre aux âmes viles, qui ne peuvent en imposer que par là.
La prudence est plutôt une qualité de l'esprit qu'une vertu de l'âme.
La prudence, si elle prévient les grandes fautes, elle nuit aussi au grandes entreprises.
Le ciel récompense la vertu des mères par le bon naturel de ses enfants.
La conversation entre amis ne s'assèche jamais.
L'excès du vin dégrade l'homme : il aliène sa raison pour un temps, et l'abrutit à la longue.
La vanité fait son profit de toutes les passions et à la fin les engloutit toutes.
Qui mange dans l'oisiveté ce qu'il n'a pas gagné lui-même, le vole.
Il faut se borner prudemment aux goûts dont on peut jouir. En courant vainement après les plaisirs qui fuient, on s’ôte ceux qui nous sont laissés.
Laissons dire les méchants qui montrent leur fortune et qui cachent leur cœur, et soyons sûrs que s'il est un exemple de bonheur sur la terre, il se trouve dans un homme de bien.