Paul Thiébault
Biographie :
Écrivain, penseur et général français né le 14 décembre 1769 à Berlin, Paul Charles François Adrien Henri Dieudonné Thiébault est décédé le 13 octobre 1846 à Paris. Il repose, avec son père Dieudonné Thiébault, au cimetière du Père-Lachaise (division 37). Découvrez sa biographie complète sur Wikipédia.Les 50 citations de Paul Thiébault :
Le bonheur et le malheur finissent où l'indifférence commence.
Le bonheur nous paraît toujours être immédiatement au-delà du point où nous nous trouvons.
Excepté des malheurs extraordinaires, ou des souffrances réelles, tout homme, à très peu d'exceptions près, jouit du bonheur dont il est susceptible, et c'est en lui qu'il en trouve les sources ; sources qui deviennent plus fécondes et plus pures, à proportion qu'il circonscrit mieux ses jouissances dans la sphère où il existe, ou dans laquelle il peut se soutenir. La nature en effet serait trop injuste, si le bonheur ou le malheur n'était gradué que sur la fortune et les honneurs.
Lorsque l'irrésolution n'est pas le résultat d'une sage réserve, elle est une preuve d'ignorance, un signe de faiblesse et un présage d'insuffisance.
On est presque toujours sûr de réussir dans les entreprises qui tendent à détruire ou à renverser ce qui existe. Quelque chose que l'on fasse, les moyens de destruction sont toujours plus nombreux et plus puissants que ceux de conservation. En cherchant à détruire, on a pour soi la marche de la nature, le temps, la fragilité des choses humaines, les événements, et l'inconstance des hommes. Cette vérité est justifiée par toute l'histoire du monde physique et moral.
Aimer à admirer et à applaudir les autres, ou à approuver ce qu'ils font, est la preuve d'un bon caractère, et le présage d'une douce sociabilité.
Parfois des causes semblables produisent des effets tout-à-fait différents.
Il n'est permis d'être fier que lorsqu'on est dans le malheur. L'humilité dans la disgrâce, l'arrogance dans la fortune ou la prospérité, sont deux lâchetés égales.
Les narrations sont l'accessoire de la conversation d'un homme d'esprit, et le principal de celle d'un sot.
La folie des jeunes gens est presque toujours aimable ; la folie des vieillards est presque toujours méchante. La folie des premiers, que la raison corrige tôt ou tard, est ordinairement l'effet de passions expansives, généreuses et d'ailleurs passagères ; celle des derniers, que rien ne tempère, et ne modifie plus, qui augmente tous les jours, et ne finit qu'avec eux, est le résultat de passions que le temps rend toujours plus aigres et plus personnelles. Aussi peut-on difficilement juger d'après ce qu'ils sont, de ce que seront les uns et de ce que les autres ont été.
On peut tromper un homme, mais on se trompe souvent quand on croit en tromper un grand nombre ; on les trompe longtemps : les tromper tous et toujours, n'est jamais possible.
L'homme le plus borné a toujours de l'esprit sur le chapitre de son intérêt personnel.
On tient moins aux préjugés qu'aux passions, aux idées qu'aux sentiments, parce que l'âme est plus précoce, plus active et plus forte que l'esprit. En effet, la volonté précède la pensée, et lui survit.
L'odieux de la médisance porte plus à la dissimuler qu'à s'en abstenir : souvent même on cherche sa justification dans l'excès du mal que l'on dit, et l'on couvre ainsi une mauvaise action des apparences de vertu et de serviabilité.
La différence que chaque année apporte dans la manière dont on juge une même chose, doit chez un bon esprit fortifier la réserve, accoutumer à la prévoyance, et porter à la méditation.
Lorsque la corruption n'a été ni le principe ni le résultat de nos erreurs, nous nous désabusons bientôt par elles, et nous trouvons dès-lors, dans l'expérience même de nos fautes, un garant sûr de notre conduite future, et dans les regrets qu'elles nous ont laissés, une nouvelle force pour la vertu.
Il est quelquefois doux d'avouer une faute ; il est toujours embarrassant de se vanter, ou même d'avoir l'air de le faire.
II y a trois espèces de gaietés : 1° celle qui vient de cette surabondance de vie, qui dénote la jeunesse dont elle est pour ainsi dire la fleur, et qui est la gaieté des gens ordinaires, lorsqu'elle n'est accompagnée d'aucune autre ; 2° celle qui vient de l'originalité des idées, et qui est celle des gens d'esprit ; 3° celle qui vient de l'exaltation du moment, et qui est celle des gens sensibles.
L'ambition du sage ne doit avoir pour but que le bien-être, et il y a bien-être du moment où le bien même chimérique l'emporte sur le mal même réel.
S'il n'y a que les individus qui puissent être civilisés, il n'y a qu'eux aussi qui puissent être pervertis ; les masses sont toujours pour la vertu, la justice et la vérité. C'est au point que, si dans une île l'on réunissait un grand nombre de brigands, ils finiraient par se lier par des conventions, s'assujettir à des lois, se forger des liens à peu près semblables à ceux qu'ils ont rompus, et se faire tuer pour défendre ce qu'ils ont violé au risque de leur vie.
On est presque aussi à plaindre de ne pas être susceptible de passions, que de se laisser conduire par elles.
La variété des choses, le spectacle des événements, les changements fréquents dans les habitudes, si profitables aux hommes chez lesquels ils formeraient une expérience utile, font aux enfants un effet contraire et malheureux, et peuvent être regardés pour eux comme une cause presque certaine de démoralisation. Il leur faut des études réglées, des sentiments suivis, des idées souvent répétées, des habitudes calculées, et dont rien ne puisse les distraire pour former leur cœur, leur esprit et leur caractère. Toute instabilité à leur égard dénature et détruit, sans remplacement, les idées les plus nécessaires, et les sentiments les plus naturels et par conséquent les plus précieux.
La satiété des plaisirs d'un âge prépare à celui qui suit, comme la satiété de la vie prépare à la mort.
Un homme qui croit avoir eu beaucoup d'amis, qui a fait mille choses reprochables dans sa vie, se moque de l'amitié et de sa conscience, comme une femme banale se rit de la pudeur et des vertus modestes.
Une femme qui n'a qu'un seul amant, ne vit que pour lui, et meurt sur son tombeau.
L'homme du monde lit quinze cents volumes dans sa vie, sans être un homme instruit ; l'homme de lettres en étudie la dixième partie, et devient un homme précieux. Cette différence vient de ce que l'un ne fait qu'aborder les idées; qu'il ne conserve de ses lectures, peu choisies, sans suite , et souvent futiles, que de quoi alimenter les conversations du jour ; il perd en solidité et en profondeur, ce qu'il acquiert en superficie; tandis que l'autre , tout entier à ses études, ne lit que des ouvrages essentiels, et qui, pour ainsi dire, se lient au même système, se complètent; ne s'attache qu'aux idées mères, les recueille, les médite, les développe, les lie entre elles, et en forme une masse d'idées et de connaissances, qu'il a toujours à sa disposition, et qu'il peut appliquer à tout ce qu'il veut traiter.
À très peu d'exceptions près, tout souffre dans la nature, et la différence des caractères ne sert qu'à varier les supplices créés par la jalousie, la haine, l'amour, l'envie, la crainte, les regrets, ou l'orgueil.
Quand l'amour-propre est en jeu, il joue toujours le premier rôle, et voilà pourquoi nous ne compatissons jamais aux maux d'autrui, lorsqu'ils servent notre amour-propre, ou lorsqu'ils le flattent. Nous n'avons en effet pas plus de pitié des tourments d'un rival, qu'un vainqueur n'en a de la honte d'un vaincu.
Espérer est un des droits de la vertu ; de la part du vice, c'est une usurpation et une profanation.
Les vertus réelles excusent et plaignent ; les fausses vertus accusent et déchirent.
Il ne faut se croire agréable aux grands, que lorsqu'on appartient à leurs affaires ou à leurs plaisirs.
Quelque utile que puisse être aux autres ce que nous leur disons, l'amour-propre le dicte bien plus souvent que l'obligeance.
Les femmes aiment mieux éprouver des sensations pénibles, que de n'en point éprouver.
Notre caractère et nos mœurs influent souvent plus sur nos jugements que notre raisonnement. Voilà pourquoi tant de gens, sans s'en douter, ne jugent les autres que d'après eux, et se peignent dans leurs jugements.
L'honneur d'avoir occupé un poste éminent se détermine bien moins d'après la manière dont on l'a reçu, que d'après celle dont on l'a quitté.
Il n'y a point d'effet qui ne puisse être attribué à plus d'une cause, et c'est pourquoi les dévots ne voient d'autre motif à une bonne action, que la religion ; les bons cœurs, que la sensibilité ; les intrigants, que la politique ; et les méchants, que la vanité ou l'ambition.
La crânerie, si l'on peut employer cette expression, est cette fougue irréfléchie et funeste ; cet amour ou cette soif des dangers qui excite à les provoquer et à les multiplier, sans examen d'utilité ou d’honneur ; mais par une espèce de bravade ou de cruauté, de dépravation ou de férocité : c'est l'audace dénaturée.
L'intrépidité est cette force qui nous rend impassibles dans les périls les plus imminents, et forme le dernier terme du courage.
Lorsque quelqu'un exprime devant moi une pensée, une opinion, ou un désir, mon premier examen n'a pas pour objet de savoir si la pensée est exacte, l'opinion raisonnable, ou le désir naturel ; mais de découvrir quel intérêt personnel peut faire naître ce désir, commander cette opinion, inspirer cette idée, ou bien engager à les feindre. Le plus ou le moins de chaleur dans l'expression, d'adresse dans la tournure, ou de ténacité dans l'entretien, (calculé sur le caractère connu ou présumé de la personne, on sur sa situation), achève de déterminer la mesure de mon attention, mon jugement et ma réponse.
Chaque être dans la nature est susceptible d'un genre de félicité qui lui est propre. — Pour être heureux dans les associations de la vie, il ne faut pas que les individus qui s'associent soient tous faits pour le même bonheur ; mais il faut que ces associations soient basées sur de grands rapports de goûts, d'idées, de sentiments, et même d'habitude et de convenance.
Le premier effet de la prospérité est un sentiment d'expansion qui rend communicatif, et qui prend sa source dans le besoin d'annoncer son bonheur ; maïs le second effet de la fortune est un sentiment de morgue, qui porte à se soustraire par orgueil aux relations que d'ailleurs on désirerait.
L'enfance et la jeunesse ne s'occupent jamais de l'avenir, quoiqu'il soit tout pour eux. La vieillesse s'en occupe toujours, quoiqu'il ne soit plus rien pour elle. Tous les âges ont donc leurs erreurs, leurs illusions et leurs faiblesses.
Les désirs que les femmes inspirent n'ont pour but, chez les jeunes gens, que le plaisir ; tandis que chez les hommes faits, ils ont pour but le bonheur ; parce que l'un ne pense qu'au moment, et que l'autre s'occupe de toute sa vie.
L'erreur qui tourne au profit du bonheur peut entrer à bon compte dans la somme des biens de la vie.
Occupés d'affaires majeures, d'idées sérieuses, balançant de grands intérêts, les hommes ont pour eux les méditations ; les femmes, pour lesquelles tout est détail et affaire du moment, n'ont que les à-propos, auxquels en général leur nature et leurs habitudes les réduisent ; aussi jugent-elles souvent au premier aperçu, de choses qui nous demanderaient un examen réfléchi. — On peut dire qu'elles sentent leurs idées, plus qu'elles ne les combinent ; qu'elles agissent par impulsion, plus que par principe. Il s'ensuit delà que la première résolution d'une femme (dans un moment difficile) est presque toujours la meilleure. L'analyse fait ordinairement sur elles l'effet que la précipitation fait sur nous. — Elles ont un tact, en général, plus juste que le raisonnement.
Pour bien juger quelqu'un, examinez comment en général il juge les autres, et appliquez-lui ses propres jugements, sans craindre de vous tromper.
Les gens qui ne connaissent pas l'amitié peuvent avoir de l'engouement, mais n'ont jamais de véritable attachement ; leur engouement peut même devenir passion, parce que l'amour est presque toujours un sentiment personnel.
On juge souvent les femmes, surtout beaucoup plus d'après ce qu'on les croit capables de faire, que d'après ce qu'elles font, ou ont fait.
Il est parfois fort doux de ne rien être, mais il est honteux de n'avoir rien été ; comme il est humiliant de n'avoir pas été, par sa faute, ce que l'on était fait pour être.
Les ridicules de ton, d'usages, de modes, sont toujours de convention, et par-là même ne sont des ridicules que dans quelques lieux, et pour quelque temps.