Charles Des Guerrois.

Les meilleures citations de Charles Des Guerrois :

Il semble parfois et pour certains êtres qu'il y ait dans la destinée comme dans certaines organisations physiques, un point faible, un point vulnérable où se porte tout l'effort de la nature, tout l'art de celui se sent atteint, et toujours le mal renaît intense, irrésistible, quoique caché. Ainsi nous portons dans notre destinée le mal latent, le mal incurable ; quelques heures paraissent le soulager parfois ; quelques hasards sont sur le point de le mettre à fin : des efforts de la volonté vont le faire disparaître pour toujours : Vaine espérance ! Au moment imprévu, il revient, et nous sentons bien que c'est pour toujours, que c'est le nœud en vain tranché par la hache à l'écorce du chêne, et qui va jusqu'au cœur de l'arbre, qui fait le tour du roseau.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

On devrait bien y regarder à deux fois avant de forcer la vie par une dernière épreuve, à nous dire tout ce qu'elle contient et tout ce qu'elle entend nous donner ; quand cette épreuve est venue faire la révélation suprême, âme muette et désolée n'a plus qu'à assister au développement fatal de sa destinée à l'avance contemplée, et que rien ne saurait plus ni modifier, ni détourner.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Si l'on pouvait avoir un sens pour entendre l'âme du méchant comme les médecins entendent les mouvements du cœur ou de la poitrine, on assisterait comme à un concert de haines, de malédictions et d'atroces désirs ; on entendrait un bruit strident de traits qui partent et volent en tous sens, et brûlent de s'enfoncer en sifflant dans le premier cœur qu'ils rencontreront. Il ne s'agit pas pour le méchant de venger une injure réelle ou imaginaire, il s'agit d'exercer sa méchanceté comme le poète exerce son génie. Votre seul tort, à vous qu'il pique d'un de ses traits, c'est d'être à sa portée.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

L'homme est déjà dans l'enfant, l'enfant est encore dans l'homme, cela seul suffit à expliquer bien des contrastes réels, bien des anomalies apparentes.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Le bonheur, dans une destinée humaine, est à son ensemble et à sa définitive beauté, ce que le velouté est à la fleur, ce que le duvet est au fruit. En l'absence de l'un et de l'autre, la saveur peut être égale, le parfum n'est pas moins doux, mais l'œil s'éloigne involontairement repoussé, et cherche d'instinct la fleur plus vierge, le fruit plus intact. La destinée aussi n'a toute sa beauté, toute sa perfection, que par le bonheur. Sans le bonheur, les fruits les plus savoureux avortent ou ne sont pas cueillis, condamnés par la négligence et par l'oubli à mourir sur leur arbre natal.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Il semble qu'en France le pouvoir ne soit guère qu'un paradoxe qu'on n'établit que pour le renverser d'une manière plus éclatante ; bon tout au plus à servir de but à une sorte de tir à la cible et à manifester l'adresse du plus habile.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Les natures généreuses sont plus reconnaissantes du bienfait pleinement spontané ; les natures moins heureusement douées se souviennent avec plus de charme du bienfait provoqué, et la raison en est simple : De tels caractères se savent bon gré à eux-mêmes d'avoir osé ou su demander. Leur reconnaissance n'exige aucune dépense de sentiment, car elle revient en quelque sorte à eux-mêmes ; ou plutôt, ce n'est pas de la reconnaissance ; c'est le triomphe intérieur de l'adresse ou de l'audace.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Passer de la richesse à la pauvreté, passer de l'amour à la haine, une seule et même chose, également douloureuse de part et d'autre. La haine, l'indifférence, deux termes successifs d'une progression décroissante.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

La lutte des égoïsmes, un beau spectacle à voir pour celui qui est fort et qui ne fait pas de la vie une élégie sentimentale. La lutte des égoïsmes, elle est visible en bien des lieux et sur bien des points ; mais ce qu'on ne voit pas ! ce qui est possible ! L'égoïsme est le roi du monde : Si les choses vont bien entre plusieurs, si même l'amitié ou ce qu'on appelle de ce nom s'établit entre eux, c'est que leurs égoïsmes ne se sont pas rencontrés, ou même qu'ils se sont accommodés d'un contact utile, agréable à chacun d'eux ; entre les autres, si tout va bien, c'est que les égoïsmes se sont faits asymptotes : Voilà tout. J'en excepte l'amour qui est une sublime folie.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Il faut souvent oublier quelles gens ont en goût aux choses que nous aimons pour pouvoir les aimer encore.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Quand on a goûté au bonheur, qu'on y a cru comme à un bien qui donnait le droit d'abuser, si un jour le malheur vient en punition, on éprouve au milieu des tortures je ne sais quelle satisfaction poignante de rentrer dans l'ordre moral par la souffrance ; c'est comme la preuve que Dieu ne nous a point oubliés.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Des nuages qui flottent autour du soleil ne rendent sa chaleur que plus ardente. Des tristesses répandues autour d'une âme la font aussi plus chaude et plus bienfaisante ; mais aussi c'est le soleil, mais aussi c'est une grande âme : Si c'est un astre secondaire, si c'est une âme faible ou seulement moyenne, le nuage léger en éclipse la lumière, en intercepte la chaleur.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

L'amour, on y croit dans l'adolescence, on le cherche dans la jeunesse avec foi, et on le regrette plus tard avec larmes, comme on regrette ces pays enchantés où nous allions enfants, où les contes de fées promenaient notre imagination tendre et naissante sous un soleil plus beau que le nôtre, parmi des verdures dont les nôtres ne sont qu'une faible et imparfaite nuance.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

L'amour, c'est un bel idéal ! S'il pouvait durer toute la vie, il la ferait belle comme à ces heures où, parmi les enchantements d'une poésie divine savourée sous les éclairs du bonheur, le monde apparaît sublimé.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

On croit à bien des amitiés dans ce monde, dont, si l'on voyait le fonds, on serait épouvanté : Vos amis, mais vous êtes pour eux un sujet d'entretien, quand vous n'êtes pas un sujet de médisances et de calomnies. Votre cœur, vos sentiments, vos idées, sujet de discours et rien de plus : Oh ! que le cœur est étranger à tout cela, et quand il faut mettre le doigt sur la place sensible, oh ! que tout est froid, que tout est vide !
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Encore une variété bizarre de l'espèce humaine ! Elle se compose, et elle est nombreuse, de gens qui, par inconstance plus que par méchanceté, par faiblesse autant au moins que par égoïsme, se lassent d'être aimables. Ils le seront une fois, deux au plus ; la troisième, ils ont peur d'être obligés de s'admirer eux-mêmes, et, par excès d'humilité, de modestie, que sais-je ? Ils obligent les autres à les détester, et ils se forcent eux-mêmes à se haïr en personne.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Marcher d'espérances en illusions, et d'illusions en espérances détruites à leur tour, on appelle cela vivre. Quel est l'homme qui puisse dire : - J'ai vécu ? Mais tous espèrent vivre demain.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Je définis la vie : Un apprentissage au doute sur toutes choses.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Vous êtes bien trop libre avec moi pour que je le sois beaucoup avec vous.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Point de cris, point de larmes, infortuné, vous regretterez demain votre désespoir d'hier.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Je crois à l'amitié comme je crois au soleil qui m'éclaire : je jouis de la lumière de l'un et de la chaleur de l'autre, mais sans prétendre les retenir en dépit de la nature et d'elles-mêmes. J'y crois, mais je crois aussi aux éclipses, et je suis sûr que décembre viendra.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Un bon mot, s'il ne tue pas celui à qui il s'adresse, tue celui qui le lance.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Le chrétien est compatissant et bon ; il a des larmes et des consolations pour celui qui souffre des duretés de sa vie, des souffrances de l'existence intérieure.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

La vie n'est que le prologue de l'immortalité.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

Bien des gens sont comme le ver de nos fruits : ils réclament la corruption pour eux seuls ; ils n'aiment pas la corruption partagée.
Charles Des Guerrois ; Les pensées de l'art et de la vie (1855)

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