François-René de Chateaubriand (2)

Les citations et pensées de François-René de Chateaubriand :

Les grandes afflictions semblent raccourcir les heures comme les grandes joies : tout ce qui préoccupe fortement l'âme empêche de compter les instants.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

Le ver de la tombe commence à ronger la conscience du méchant avant de lui dévorer le cœur.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

Je n'ai jamais pu souffrir les explications, les raccommodements par protestation et éclaircissements, lamentations et pleurs, verbiage et reproches, détails et apologies.
François-René de Chateaubriand ; Mémoires d'outre-tombe (1848)

La foule est trop légère, trop inattentive pour se donner le temps, lorsqu'elle n'est pas avertie, de voir les individus tels qu'ils sont. Quand, par hasard, j'ai essayé de redresser quelques-uns de ces faux jugements dans mes préfaces, on ne m'a pas cru. En dernier résultat, tout m'étant égal, je n'insistais pas ; un comme vous voudrez m'a toujours débarrassé de l'ennui de persuader personne ou de chercher à établir une vérité. Je rentre dans mon for intérieur, comme un lièvre dans son gite : là je me remets à contempler la feuille qui remue ou le brin d'herbe qui s'incline.
François-René de Chateaubriand ; Mémoires d'outre-tombe (1848)

En aucun temps, il ne m'a été possible de surmonter cet esprit de retenue et de solitude intérieure qui m'empêche de causer de ce qui me touche. Personne ne saurait affirmer sans mentir que j'aie raconté ce que la plupart des gens racontent dans un moment de peine, de plaisir ou de vanité. Un nom, une confession de quelque gravité, ne sort point ou ne sort que rarement de ma bouche. Je n'entretiens jamais les passants de mes intérêts, de mes desseins, de mes travaux, de mes idées, de mes attachements, de mes joies, de mes chagrins, persuadé de l'ennui profond que l'on cause aux autres en leur parlant de soi.
François-René de Chateaubriand ; Mémoires d'outre-tombe (1848)

Une passion vraie et malheureuse est un levain empoisonné qui reste au fond de l'âme et qui gâterait le pain des anges.
François-René de Chateaubriand ; Mémoires d'outre-tombe (1848)

Napoléon a la puissance d'arrêter le monde, et n'a pas celle de s'arrêter.
François-René de Chateaubriand ; Mémoires d'outre-tombe (1848)

Il est bon de se prosterner dans la poussière quand on a commis une faute, mais il n'est pas bon d'y rester.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

Si l'on vous donne un soufflet, rendez-en quatre, n'importe la joue.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

Point de politique sentimentale, disent des ministres. Bon dieu, qu'ils se tranquillisent ! il n'y a aucun péril de ce côté : je ne sache pas beaucoup d'hommes qui aient conservé leur vieille passion. Vous ne voulez pas qu'on vous aime : eh ! que vous avez raison ! Mais puisque vous préférez la politique du fait à celle du droit, acceptez-en toutes les conséquences. Le fait nous donnera le droit d'examiner si vous autres ministres êtes bons à quelque chose, et s'il n'y a pas un autre fait qui vaille mieux que le vôtre.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

Écoutez cet homme qu'on appelle monseigneur : il vous dira qu'il n'est qu'un vilain, qu'il veut rester un vilain, qu'il n'est pas fait pour occuper la place qu'il occupe, que la révolution ne sera finie que quand un vilain comme lui cessera d'être un des premiers personnages de l'état. Monseigneur a cependant porté le bonnet rouge pour cesser d'être un vilain, comme il porte un habit brodé et un titre pour sortir de la classe des vilains. Fiez-vous à l'humilité de monseigneur, et croyez au paysan du Danube.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

Après des temps de malheur et de gloire, un peuple est enclin au repos, et pour peu qu'il soit régi par des institutions tolérables, il se laisse facilement conduire par les plus petits ministres du monde ; cela le délasse et l'amuse : il compare ces pygmées aux géants qu'il a vus, et il rit. Il y a des exemples de lions attachés à un char et menés par des enfants, mais ils ont toujours fini par dévorer leurs conducteurs.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

Les hommes de génie sont ordinairement enfants de leur siècle, ils en sont comme l'abrégé ; ils en représentent les lumières, les opinions et l’esprit, mais quelquefois aussi ils naissent ou trop tôt ou trop tard. S'ils naissent trop tôt, avant leur siècle naturel, ils passent ignorés ; leur gloire ne commence qu'après eux, lorsque le siècle auquel ils devaient appartenir est éclos ; s'ils naissent trop tard, après leur siècle naturel, ils ne peuvent rien, et ils n'arrivent point à une renommée durable. On les regarde un moment par curiosité, comme on regarderait les vieillards se promenant sur les places publiques avec les habits de leur temps. Ces hommes de génie qui arrivent trop tard sont donc méconnus comme les hommes de génie qui arrivent trop tôt ; mais ils n'ont pas comme ces derniers un avenir, une postérité, des descendants pour établir leur gloire : ils ne pourraient être admirés que du passé, que de leurs devanciers, que des morts, public silencieux.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

On s'étonne du succès de la médiocrité ; on a tort. La médiocrité n'est pas forte par ce qu'elle est en elle-même, mais par les médiocrités qu'elle représente ; et dans ce sens sa puissance est formidable. Plus l'homme en pouvoir est petit, plus il convient à toutes les petitesses. Chacun en se comparant à lui se dit : « Pourquoi n'arriverai-je pas à « mon tour ? » Il n'excite aucune jalousie : les courtisans le préfèrent, parce qu'ils peuvent le mépriser ; les rois le gardent comme une manifestation de leur toute-puissance. Non seulement la médiocrité a tous ces avantages pour rester en place, mais elle a encore un bien plus grand mérite : elle exclut du pouvoir la capacité. Le député des sots et des imbéciles au ministère caresse deux passions du cœur humain : l'ambition et l'envie.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

La postérité se souvient des hommes qui ont changé les empires, très peu de ceux qui les ont rétablis, à moins que ce rétablissement n'ait été durable. On admire ce qui crée, on estime à peine ce qui conserve : une grande gloire couvre de ténèbres tout ce qui la suit.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

Tourmentez-vous pour rétablir la vertu chez un peuple qui l'a perdue, vous n'y réussirez pas. Il y a un principe de destruction en tout. À quelle fin Dieu l'a-t-il établi ? C'est son secret.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

Dans ce pays, ne comptez jamais sur deux succès rapprochés ; l'un détruit l'autre. Si vous avez quelque talent en prose, donnez-vous de garde d'en montrer en vers ; si vous êtes distingué dans les lettres, ne prétendez pas à la politique : tel est l'esprit français et sa misère.
François-René de Chateaubriand ; Mémoires d'outre-tombe (1848)

On peut arriver à la liberté par deux chemins : par les mœurs et par les lumières. Mais quand les mœurs et les lumières manquent à la fois, quand on ne peut être ni un républicain à la manière de Sparte, ni un républicain à la manière des Etats-Unis, on peut encore conquérir la liberté, on ne la peut garder.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

Chez une nation qui conserve encore l'innocence primitive, le vice apporté par des étrangers fait des progrès plus rapides que dans une société déjà corrompue, comme un homme sain meurt de l'air pestiféré où vit un homme habitué à cet air.
François-René de Chateaubriand ; Pensées, réflexions et maximes (1848)

Soyons doux, si nous voulons être regrettés : la hauteur du génie et les qualités supérieures ne sont pleurées que des anges.
François-René de Chateaubriand ; Mémoires d'outre-tombe (1848)

J'ai un tel dégoût de tout, un tel mépris pour le présent et pour l'avenir immédiat, une si ferme persuasion que les hommes désormais, pris ensemble comme public (et cela pour plusieurs siècles), seront pitoyables, que je rougis d'user mes derniers moments au récit des choses passées.
François-René de Chateaubriand ; Mémoires d'outre-tombe (1848)

Le Français aura beau faire, il ne sera jamais qu'un courtisan, n'importe de qui, pourvu que ce soit un puissant du jour.
François-René de Chateaubriand ; Mémoires d'outre-tombe (1848)

On peut remuer une Chambre populaire ; une chambre aristocratique est sourde.
François-René de Chateaubriand ; Mémoires d'outre-tombe (1848)

Je voulais essayer de mener les Français à la réalité par des songes, c'est ce qu'ils aiment.
François-René de Chateaubriand ; Mémoires d'outre-tombe (1848)

Après tout qu'importent la mort et les revers, si notre nom prononcé dans la postérité va faire battre un cœur généreux deux mille ans après notre vie ?
François-René de Chateaubriand ; Mémoires d'outre-tombe (1848)

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